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Il était une fois,
à la mi-août 2003...
Une petite équipe d’informaticiens, spécialistes du développement de sites de rencontres sur le net, s’attable pour casser la croûte dans un bistro sympa.
Le boss revenait d'une prospection en clientèle !
Fallait
trouver des idées pour la promotion des escapades en amoureux concoctés
par une agence de voyages !
Au mur, une toile, superbe reproduction d’une œuvre
d'un certain Léonard bien connu.
Entre sel et poivre, la conversation portera, bien entendu, sur les
dessous du web. De la cuisse de poulet à celle de Jupiter, l’ambiance s’échauffe sur les sujets cultes, chacun s’échangeant ses découvertes pas très nettes sous le regard
médusé de la célèbre Joconde.
L’un d’eux lancera en boutade : aux Usa, en Angleterre et même en Espagne, des agences vendent des combines en ligne pour s’excuser auprès de bobonne d’un rendez-vous urgent au deuxième bureau….
L’abus de Médoc combinera le sourire coquin de Mona-Lisa et la libido à la sauce d’alibi.
En quelques jours, un petit site de quelques pages, qui ne devait être qu’un canular d’informaticiens, était en ligne : monalibi.net.
Tellement gros que l’équipe n’attendait pas grand retour et n’hésitait pas à y mentionner réellement l’adresse du bureau et un numéro de téléphone…
Les derniers jours d’été passaient calmement et les statistiques de fréquentation flirtaient
avec le ridicule. Quelques curieux, branchés par pur hasard sur le site, se
frottaient à l’intox par courrier électronique, d’autres profitaient de leur pause-café pour abuser de la farce sur la secrétaire
indisposée à l’accueil téléphonique.
La plaisanterie de l'été avait assez duré et les techniciens se préparaient à désactiver le
trublion au
30 octobre 2003.
C’était sans compter l’effet « google » et la réaction de la toile, où les bobards se propagent avec un effet boule de
neige…
Début octobre, le petit serveur mutualisé qui hébergeait le site de
Mona-Libi rendit l'âme, subitement submergé de requêtes et de mails...
Chaque jour, la pauvre machine s'écroulait sous les clics des internautes
de plus en plus nombreux...
Outre les milliers de spams, des dizaines de demandes d'alibis aussi
téméraires qu'élégantes réveillaient chaque matin Belzébuth et Lucifer.
(pseudos
d'informaticiens)
Que faire?
Laisser tomber en disgrâce ou bien... monter l'affaire d'en faire enfoirés alibis?
Encore fallait-il obtenir la bénédiction de Saint Pierre, gardien du
paradis fiscal, pour s'affranchir du risque d'excommunication dans
l'enfer juridique.
(bonjour Maître,
n'oubliez pas vos honoraires)
Piègé par les jeunes
démons qui n'y voyaient que des poules aux oeufs d'or, le siège des
Saints élu en son sein le plus prolixe de ses poings cardinaux pour ne
pas perdre le nord dans l'aventure.
(traduction : monter un
plan d'affaire clair, calculer les risques cachés et convaincre
les patrons d'investir sur du net)
Ce pair, nègre blanc à ses heures colorées, auditeur des chiffres et des
lettres, s'est retrouvé à l'avant du
plan, les pieds sur terre ! Maître en plume, éloigné de ses arts pour la cause de
la toile, il s'est laissé prendre au jeu d'être cuisiné sur
l'aile et la cuisse.
(traduction: c'est l'expert
en comptes qui va se coller à la communication et se faire allumer par
les journalistes, au risque de valser en tôle)
Laurent
Ruquier, tenté du coup divin, l'invite sur le plateau "On a tout
essayé" à la veille de la Saint-Valentin 2004.... s'en suit l'explosion
de visites sur le site...
Depuis cette époque, les médias en font des choux gras, les passages en
télé et en radio se multiplient, surtout en France.
Le sujet est
brûlant, tentant !
En juin 2005, Jean-Luc Delarue, pour "Ca se discute", thème "le
mensonge"...
En septembre 2005, la Télévision Suisse Romande tourne pendant
deux 2 jours à Bruxelles (rediffusions en janvier 2006 sur TV5)
Octobre 2005 : un producteur bien connu de cinéma français propose un projet
de film
long métrage, dont le scénario est en cours d'étude. Le thème : les
rencontres sur le net.
Novembre 2005 : des journalistes du Québec traversent l'Atlantique pour
s'emparer du sujet....
Décembre 2005 : les anecdotes couchées sur papier intéressent une Maison d'Editions...
L'année 2006 est émaillée d'articles dans la presse,
de nombreux interviews radiophoniques, et de projets collaboratifs
multimédias. La marque Monalibi est déposée pour protéger l'idée et le
concept intellectuel, si l'on peut ainsi dire...
S'en suit
en 2007 l'explosion d'entreprises virtuelles et de sites aussi ludiques
qu'anonymes
proposant des alibis de tout acabit, du faux tout venant, le plus
souvent au mépris des lois.
Nous
disions : Alibis... phénomènes de société ou société de phénomènes ?
En 2009, le
jeu de l'infidélité virtuelle se donne des ailes pour devenir un
business terre-à-terre : deux frères français, vivants aux Etats-Unis,
lancent un concept original : Gleeden (glee en anglais = joie - eden
pour le jardin ?).
A suivre....

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